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En accomplissant pleinement sa révolution digitale, l’Afrique a tous les atouts pour devenir la nouvelle puissance économique

Écrit par Anna BOCHKAREVA

Le cabinet de conseil et d’audit PwC a récemment réalisé une étude « Disrupting Africa : riding the wave of the digital révolution » dédiée à l’évolution du digital en Afrique. Selon cette étude, la révolution digitale du continent africain s’incarne principalement au travers de 6 technologies : le big data, la blockchain, les drones, la fintech, les énergies renouvelables et les objets connectés. Plusieurs éléments du contexte socio-économique du continent jouent également un rôle important : l’explosion économique attendue vers 2100, l’urbanisation, l’émergence de nouveaux modèles économiques et sociaux, l’absence d’un héritage économique marqué. Tout ceci devrait permettre au continent africain de devenir la prochaine puissance économique du 21ème siècle s’il réussit à prendre le virage digital.

L’Afrique, poumon de la croissance économique mondiale à l’horizon 2020

Une demande croissante des consommateurs africains, l’ubérisation, la révolution énergétique qui s’opère sur le continent, rendent les marchés africains de plus en plus attractifs pour les entreprises nationales et internationales. Au niveau démographique, le continent africain compte déjà près de 350 millions de personnes qui forment la classe moyenne, considérée comme le groupe au plus forte potentiel de croissance. La main d’œuvre est également abondante et permettra au continent africain de devenir le premier producteur industriel mondial d’ici 2050.

Les nouvelles technologies jouent cependant un rôle très important dans cette transformation. Pour 75% des 153 dirigeants d’entreprise africains interrogés par PwC (source : 19eme baromètre PwC sur l’opinion des CEO), elles font partie des 3 principaux facteurs de réussite du continent. La croissance actuelle des secteurs comme l’énergie, les télécommunications et les services financiers grâce aux business modèles innovants basés sur le digital en est une preuve.

Selon Noel ALBERTUS, Directeur général de PwC Advisory Maghreb et Afrique francophone : « A l’heure de la mondialisation, il est indispensable de considérer l’Afrique comme un continent d’avenir, sans sous-estimer la diversité économique et démographique des pays qui la composent. En effet, les modèles économiques occidentaux ne peuvent pas être adaptés tels quels en Afrique, au contraire ceux-ci demandent d’être pensés et élaborés en fonction des spécificités de chaque marché local. La révolution digitale va dynamiser les prochaines transformations dans tous les secteurs de l’économie, de l’énergie à la santé en passant par l’éducation et l’emploi. La force de nos nouveaux marchés réside dans notre capacité à opérer des changements plus rapidement que ceux que l’Europe ou l’Amérique du Nord sont en train d’opérer. »

La révolution digitale doit accorder la priorité à six chantiers de développement majeurs en Afrique

En plus de nouveaux marchés à fort potentiel, la révolution digitale pourrait accélérer six chantiers prioritaires pour le développement du continent africain : la lutte contre la corruption et le renforcement de la confiance dans les institutions publiques ; la conquête des marchés « dématérialisés » et notamment du e-commerce ; un meilleur accès aux soins ; la promotion de l’éducation, de la formation et de l’emploi via des infrastructures innovantes et adaptées ; la promotion du secteur tertiaire dans les économies nationales.

Selon Noel ALBERTUS : « La population du continent africain va être multipliée par deux d’ici la moitié du 21ème siècle, cela engendrera l’émergence d’une classe moyenne et de nouveaux consommateurs à satisfaire. S’il y a une attente forte de la part des entreprises africaines pour répondre à ces nouveaux besoins, la balle est aussi dans le camp des Etats africains qui doivent mettre en œuvre des grands projets d’infrastructures comme des voies d’accès, des réseaux électrifiés et énergétiques, des aéroports, etc. pour accompagner ce développement. »

L’électrification de l’Afrique : un exemple de changement de paradigme économique

Le développement de nouvelles technologies en Afrique doit être intégré à la construction des infrastructures. Ceci concerne notamment les réseaux électriques qui forment un champ d’expérimentation inédit pour l’Afrique. Selon l’Agence internationale de l’énergie, 634 millions d’Africains n’avaient pas d’accès à l’électricité en 2015. Le développement des sources d’énergies renouvelables, et notamment de l’énergie solaire, peut permettre de produire de l’énergie là où le réseau national n’est pas accessible. Un de nombreux exemples d’entreprises qui permettent aux petits commerçants et particuliers d’accéder à l’énergie solaire est Mobisol, l’entreprise dont le business modèle est basé sur le paiement mensuel via une application mobile.

Selon Philippe BOZIER, Directeur énergie et infrastructures PwC en Afrique francophone : « Si, dans les zones urbaines, les grands réseaux centralisés devraient continuer à se développer en Afrique, on estime que seuls 30% des besoins en zone rurale pourraient, à moyen terme, trouver une réponse via l’extension de ces réseaux traditionnels. Les autres seront satisfaits par les solutions mini-grids ou off-grid que les progrès technologiques récents ont rendu possibles. Ce changement de paradigme offrira à l’Afrique un leadership mondial en matière d’énergie solaire et devrait par ailleurs permettre l’émergence de leaders africains de l’énergie renouvelable dans un secteur qui est aujourd’hui encore très fragmenté. »

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Anna BOCHKAREVA

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