Connect with us

INNOVATORS VS COVID-19

La COVID confirme l’utilité des actions menées par l’Ambassade de l’Alimentation, pour répondre aux attentes des locavores grâce à la création de scores de traçabilité

Publié

-

Damien ROUX AMBASSADE DE L ALIMENTATION

Interview avec Damien ROUX, ingénieur agronome humaniste, co-président et co-fondateur de l’Ambassade de l’Alimentation.

Tout d’abord, comment allez-vous et comment va votre famille en ces temps de COVID-19 ?

Damien ROUX : Merci pour votre sollicitude, c’est toujours important de se soucier de son prochain. Nous allons bien. Certains ont été touchés par la maladie, dont des personnes très âgées, mais avec beaucoup de chance tout le monde a guéri. Ceux qui n’ont pas été malades ont tout de même vécu d’autres moments moins drôles : arrêt forcé de l’activité professionnelle, ou bien télétravail sur de longues périodes (perte des repères sociaux). Et pour ceux qui ont continué de travailler, notamment dans l’alimentaire, ce fut l’inverse : intensification brutale du rythme de travail, sans réussir à trouver suffisamment de main d’œuvre (les candidats aux offres d’emplois sont quelque peu refroidis à l’idée de postuler dans des commerces ou des activités qui sont plus exposées à la maladie).

Au final donc, tout le monde a vu sa vie changer. Mais avec du recul et de l’optimisme, on reste serein car le monde continue d’avancer, et on ne va pas si mal que ça quand même !

Parlez-nous de vous, de votre carrière et de la manière dont vous avez créé ou rejoint l’Ambassade de l’Alimentation.

Damien ROUX : Je suis issu du milieu rural, j’ai vécu dans une famille en partie paysanne, en partie ouvrière. J’y ai appris la vie simple, le rythme de la nature, le respect des saisons, et le plaisir de la bonne nourriture. Depuis 2014, je suis ingénieur agronome, diplômé de l’École Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse (ENSAT). Durant mes études à l’Institut National Polytechnique de Toulouse, j’ai pu décrocher le droit à réaliser des études complémentaires dans plusieurs pays du monde, notamment à Wageningen University, la 1ère université au monde pour l’enseignement des sciences du vivant. Durant un an et demi, la découverte de ces différents pays m’a permis de mieux appréhender les dysfonctionnements des systèmes alimentaires.
J’ai ensuite réussi à intégrer un cursus d’entrepreneuriat dans la Grande École de Montpellier SupAgro. Depuis cette période, je suis entouré d’amis fidèles et d’entrepreneurs énergiques qui s’engagent avec ferveur et efficacité dans des activités de développement durable. C’est dans ce cadre que j’ai pu co-créer  ma première entreprise. Il s’agit du Locavorium, créé en 2015 avec deux amis ingénieurs agronomes visionnaires, qui agissent avec dynamisme et efficacité pour créer un nouveau modèle de distribution alimentaire plus équitable, créateur d’emplois, vecteur d’une économie stable et saine, et enfin, résiliente face aux crises économiques et sanitaires.

En parallèle de cette activité, je me suis également engagé dans d’autres associations locales. Entre autres, j’ai co-créé l’Ambassade de l’Alimentation en 2016, dans le but de mettre en place des outils qui pourraient (ou devraient) être utilisés dans n’importe quelle entreprise du domaine alimentaire. Bien entendu, les solutions que l’Ambassade de l’Alimentation propose pourraient être utilisées par des commerces de proximité tels que le Locavorium ; mais il n’était pas souhaitable que ces solutions soient seulement détenues par une seule entreprise privée, et dans ce cadre précis, celle que je co-gérais. En effet, l’objectif des projets menés via l’Ambassade de l’Alimentation, c’est d’initier une véritable transition agro-écologique à l’échelle de toute la France. C’est pourquoi il a été fondé cette association indépendante à but non lucratif. Le projet de l’Ambassade de l’Alimentation revêt une ambition humaniste, et il fallait donc que ces outils soient mis à disposition de n’importe quelle entreprise : un producteur qui pratique de la vente directe, un artisan coucher, un boulanger, un épicier, un supermarché, etc.

Comment l’Ambassade de l’Alimentation innove-t-elle ?

Damien ROUX : Notre activité se veut innovante dans le sens où elle ne se contente pas de modifier des outils qui existaient déjà dans « le monde d’avant » (référence au discours de E.MACRON). Nous repartons de zéro, nous allons à la base des questions, à la base des incompréhensions et des dysfonctionnements. Et au final, les solutions pour y répondre sont souvent plus simples que la complexité apparente du problème.

Ainsi, nous développons des solutions nouvelles grâce au bon sens, le fameux « bon sens paysan » qui anime nos campagnes depuis des millénaires. Chaque petit problème doit être résolu en se rapprochant de la cause originelle, sans s’arrêter à la multitude d’outils intermédiaires, qui s’intercalent entre la cause et la conséquence finale qui est source du problème à résoudre.
Mais pour revenir à cette base a priori « simpliste », il faut oser revenir très bas dans l’échelle des complexités. Or, de nombreux ingénieurs sous-estiment les bas échelons de la hiérarchie des technologies. C’est pour cela que bien souvent on règle à moitié un problème en proposant une solution qui répare l’outil défectueux… alors qu’il suffirait de supprimer cet outil et revenir à l’étape d’encore avant, et adopter un nouvel outil. Voilà comment l’Ambassade de l’Alimentation tente de résoudre certaines problématiques de nos systèmes alimentaires, via « l’innovation de bon sens ».

Selon Aristote, la sagesse est la capacité à s’intéresser autant au passé qu’au futur. C’est-à-dire qu’il s’agit de prendre en compte les expériences vécues, afin de se baser dessus pour développer des projections fiables pour le futur. Celui qui pense constamment au futur est certes dans la tradition, mais il peut être considéré comme trop passéiste. Celui qui pense uniquement au futur est certes dans l’innovation, mais il peut être considéré comme trop rêveur. Celui qui pense aux deux de manière équilibrée est un sage : il est dans la « tradinnovation », terme que j’ai inventé en 2017 pour expliquer à mes interlocuteurs comment on peut construire les nouveautés du futur tout en conservant les bonnes choses de nos ancêtres.

Comment la pandémie COVID-19 a-t-elle affecté l’Ambassade de l’Alimentation et comment gérez-vous cette crise ?

Damien ROUX : La pandémie COVID-19 a accéléré la mise en lumière des excès d’une sur-mondialisation. Je ne dis pas que la mondialisation est forcément mauvaise, mais j’indique que comme toute chose dans la vie, il est important de rester équilibré, mesuré. La mondialisation a certes apporté des progrès majeurs pour l’humanité, mais son intensification sans limite a également engendré de nombreux risques et dommages. L’épidémie de coronavirus en est un exemple parmi d’autres, que les sociétés, les citoyens, les politiques subissent avec amertume, en prenant conscience des risques un peu trop tard. C’est cette prise de conscience que nous observons auprès des personnes avec lesquelles nous interagissons.

Tout ceci amène à une accélération de la prise de conscience d’un besoin de rééquilibrer la balance socio-éco-écologique. Il s’agit tout simplement du respect de l’équilibre entre les domaines du social, de l’économie, et de l’écologie. En bref, la définition même des trois piliers du « développement durable ».

Face à cette prise de conscience, notre activité doit répondre encore plus vite aux attentes des consommateurs désireux d’initier leur transition agro-écologique via leurs méthodes de consommation alimentaire. En effet, nos projets qui étaient mis en marche depuis 2016, n’étaient jusqu’en 2019 que de la théorie qui intéressait uniquement les plus avertis. Mais depuis cette crise,
l’intérêt de nos projets s’est confirmé, et a donc transformé la qualification de « théorie militante » en « théorie avant-gardiste ».
Pour répondre plus brièvement à votre question, oui notre activité est impactée par le coronavirus, et de manière positive, puisque cela accentue et accélère notre travail.

Avez-vous dû faire des choix difficiles et quelles sont les leçons apprises ?

Damien ROUX : Notre association est petite par sa taille, et ses projets sont entre la phase initiale et la phase de mise en application des solutions développées. Donc pour le moment, nous n’avons pas été contraints de modifier nos plans.

Comment gérez-vous le stress et l’anxiété pendant cette période et comment vous projetez-vous, vous et l’Ambassade de l’Alimentation dans le futur ?

Damien ROUX : Nous gérons le stress, en mettant en place un plan d’action précis, méticuleux, et concret. Nous gardons la tête froide, nous savons que le monde va continuer d’avancer, et que les solutions que nous développons sont une réponse à une partie des questions qui concernent l’alimentaire. Le stress se définit par « un déséquilibre entre la perception de la charge de travail, et la perception des moyens que nous avons à disposition ». Nous nous penchons donc sur ce sujet, en mesurant précisément la charge de travail qui doit réellement être réalisée, et la liste des outils et des moyens que nous avons pour assumer nos projets. En prenant du recul, nous constatons qu’il est possible de continuer de travailler sereinement. Cela ne veut pas dire que ça sera facile, mais en tous cas nous constatons que rien ne nous empêche d’avancer, à part les choses imaginaires qui se passent dans nos têtes (craintes exagérées, doutes infondés, etc.).

Voici quelques marqueurs concrets qui nous encouragent à continuer d’avancer : l’Ambassade de l’Alimentation a été officiellement reconnue l’année dernière « Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale », un label géré par les organismes d’État. De plus, nous sommes depuis plusieurs années référencés parmi les pépites de la French Tech. Enfin, nous venons de terminer une enquête auprès de centaines de consommateurs. Le rapport vient d’être publié sous forme d’un livre, déposé à la Bibliothèque Nationale de France en août 2020. Enfin, la phase de mise en application des outils est imminente. Nous sommes donc certes prudents, mais surtout confiants !

Ambassade de l alimentation

Qui sont vos concurrents et comment comptez-vous tirer votre épingle du jeu ?

Damien ROUX : L’Ambassade de l’Alimentation est une association à but non lucratif qui a pour objectif de répondre à des besoins précis de la population, en développant des outils inexistants. Par conséquent, il n’existe pas (ou quasiment pas) de concurrence. Personne ne traite le sujet qui est au cœur de nos activités.

De toutes manières, même si c’était le cas, nous n’avons pas pour ambition d’entrer en concurrence avec un quelconque organisme.

Un mot de la fin ?

Damien ROUX : Depuis cinq années, nous tentons de faire émerger une méthode qui réponde aux lacunes en matière de traçabilités alimentaires (suivi des méthodes de production, puis des différentes étapes et lieux de production et de transformation, et enfin suivi de la longueur du circuit de distribution). Ces méthodes d’analyse ont toujours intéressé uniquement les plus militants parmi certaines personnes que nous avons rencontrées dans tous les milieux (des politiciens, des académiques, des chercheurs, des consommateurs, des professionnels). Aujourd’hui, nous voyons que la population est beaucoup plus ouverte et même demandeuse pour la mise en application de ce genre d’outils, et notamment de ceux que nous développons.
Donc si une des méthodes d’analyse que nous avons inventée (la Distance Alimentaire Moyenne – D.A.M., le Loca-score, le Circuit-score, ou le Vertu-score) intéresse des professionnels (producteurs, artisans, distributeurs), nous les invitons à devenir acteurs de la transition agro-écologique, pour que notre système alimentaire devienne plus responsable et plus durable !

Je rappelle très souvent la citation d’Albert EINSTEIN : « Celui qui a le privilège de savoir, a le devoir d’agir ». J’estime que ceux qui savent, grâce à une formation et une expérience professionnelle, ont un privilège. Trop de gens estiment que cela leur est dû, en fonction des efforts qu’ils ont fournis pour l’obtenir. Je pense l’inverse : j’estime avoir un privilège en savant quelques petites choses sur le monde de l’alimentaire (surtout quand l’école me fut gratuite, financée par l’ensemble des contribuables français qui m’ont aidé, via leurs impôts, à apprendre et à devenir plus performant). Je me considère donc redevable aux yeux de notre nation : si je sais comment résoudre un problème, alors je me dois de le faire. Il s’agit d’un acte citoyen.

Votre site web ?

Damien ROUX : www.ambassade-alimentation.org

 

Co-Founder & COO di Startup.info, appassionato del mondo Innovazione e Startup.

Publicité
Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Newsletter


Publicité

Contacter les startups